Enseignement préparatoire à l’enseignement supérieur, décryptage et questionnements…

Culture métier

Le 5 janvier 2018, la ministre de la culture adoptait un arrêté relatif aux conditions d’agrément des établissements assurant une préparation à l’entrée dans les établissements d’enseignement supérieur de la création artistique et au contenu et modalité de dépôt des dossiers de demande. Une annexe précise la liste des pièces devant constituer le dossier. Pour Conservatoires de France, Maxime Leschiera décrypte cet arrêté et le met en relation avec le contenu du décret du 2 mai 2017 relatif aux enseignements de la création artistique.

Rappel du contexte

La loi LCAP du 7 juillet 2016 permet aux établissements qui en font la demande de proposer un enseignement préparant à l’entrée dans les établissements d’enseignement supérieur de la création artistique. Un décret, du 2 mai 2017, et un arrêté du 5 janvier 2018, précisent les conditions d’agrément et permettent aujourd’hui aux établissements d’enseignement artistique de préparer leurs demandes. Des outils méthodologiques pour aider à la constitution du dossier de demande sont encore à venir et seront communiqués aux DRAC, normalement en février.

Durant les longs mois d’attente du décret puis de l’arrêté et au cours des quelques séances de concertation à l’automne 2016 entre associations professionnelles et la DGCA, de nombreuses analyses ont été faites, de nombreuses questions ont été posées et certaines inquiétudes ont été exprimées, notamment par Conservatoires de France.

Avant d’y venir, il convient de rappeler ce qui est unanimement salué comme positif dans cette évolution, l’octroi du statut étudiant aux futurs élèves qui intégreront ce parcours préparatoire à l’entrée dans les établissements d’enseignement supérieur.

Mais pour le reste….

Lecture croisée et successive du décret et de l’arrêté

À l’automne 2016, lors de séances de concertation, Conservatoires de France, comme d’autres associations professionnelles, a réfléchi et s’est exprimée, sur la base de documents de travail. Force est de constater, que l’écart entre ces documents de travail et le texte définitif de l’arrêté est mince.

La différence principale tient dans la suppression des annexes initialement prévues par spécialité et qui détaillaient, notamment pour la danse, les heures d’enseignements à pourvoir pour chaque matière du cursus. Même si certains points présents dans les annexes sont réintégrés au texte de l’arrêté lui-même, cette évolution a pour conséquence d’assouplir un peu le cadre des conditions d’agréments, principalement pour la danse.

Autre remarque d’ordre général, l’arrêté reprend des éléments du décret, des sujets déjà traités dans le décret mais en en modifiant le contenu. Un arrêté est généralement destiné à compléter un décret mais si le même sujet est traité différemment deux fois, quel texte devrait primer ?
Ceci concerne par exemple l’article D 759-11 du décret et l’article 3 du Chapitre II de l’arrêté concernant tous les deux les dispositions générales relatives aux conditions d’agrément.

Venons-en maintenant aux contenus d’enseignement prévus pour cette préparation à l’entrée dans l’enseignement supérieur de la création artistique. Ce contenu, pour la danse, la musique et le théâtre, ressemble pour beaucoup, selon ce que nous en savons, à nos cycles spécialisés, d’orientation professionnelle, CEPI tels que mis en œuvre aujourd’hui. Il y a néanmoins quelques différences, de taille :

  • L’absence de diplôme en fin de parcours. Cette préparation à l’entrée dans l’enseignement supérieur n’est pas diplômante.
  • Une durée de cursus qui, pour la danse et le théâtre, ne permet plus de se situer dans le cadre d’un cycle pluriannuel puisque l’on est sur la possibilité d’un contenu trouvant sa cohérence, même sur une année. Il est à noter cependant une différence de taille entre danse et théâtre car, pour cette dernière spécialité, il est demandé, dans le cas d’un cursus en un an de doubler le nombre d’heures d’enseignement pour que le total soit équivalent au cursus de deux ans (32 h par semaine hors stages et ateliers…..). Ceci paraît difficilement possible en termes de mise en œuvre mais c’est autorisé. Pour la spécialité musique, le schéma du CEPI  (750 heures en 2 à 4 ans) est maintenu.
  • Un nombre d’élèves minimum à réunir par spécialité dans l’année qui précède la première demande d’agrément puis un autre dans les années de l’agrément pour la demande de renouvellement. Il faudra respectivement au minimum 5 et 7 élèves par discipline en danse, 6 et 8 en théâtre et 15 et 30 en musique.
  • Un lien souhaité et affirmé avec l’enseignement supérieur par des temps d’immersion (danse), d’interaction avec leurs programmes (musique), d’adaptation aux méthodes et d’interactions (théâtre). Remarque générale: pourquoi user de formulations légèrement différentes mais voulant quasiment dire la même chose entre les trois spécialités ? N’aurait-il pas été plus logique d’intégrer cela dans le chapeau général de l’article 3 ?
  • Quelques différences étranges entre spécialités, notamment la constitution du jury d’entrée où, pour la danse, la présence du  directeur de l’établissement n’est pas prévue alors qu’elle l’est pour la musique et le théâtre. Certaines représentations sont encore très fortes apparemment dans notre profession.

Un point qui reste assez obscur mais qui peut-être sera éclairé par la note méthodologique que nous enverront les DRAC, celui du cadre des demandes en musique. L’établissement devra-t-il faire une demande générale, par grands départements (instruments d’orchestre, MAA etc…) ou par discipline ? Il est prévu, dans le décret, que la réponse sera faite par discipline mais rien n’est dit sur les modalités de demande, et la rédaction de l’article 6, qui traite du sujet, n’éclaire pas complètement sur ce point.

Ce qui apparaît peu

La question du soutien de l’État aux dynamiques de réseaux régionaux d’établissements est très peu présente. La demande d’agrément en réseau est une possibilité, mais qui ne semble pas favorisée alors que ces réseaux sont souvent dynamiques et organisent aujourd’hui, parfois sans même le soutien de leur Région, les épreuves du DEM/C/T. Il est à craindre que la nécessité d’un cadre conventionnel spécifique à cette question entre collectivités, ajoutée à la complexité des dossiers de demandes d’agrément, ne freine les ardeurs et pousse à une demande d’agrément par établissement et à un retour en arrière… Dommage !

Ce qui n’apparaît pas

Il est un grand absent dans les textes d’application : le diplôme et le cycle actuel qui y prépare. Il n’est en effet fait aucune mention du DEM/DEC/DET et ni le décret, ni l’arrêté, ne nous expliquent comment se remplacent, s’articulent, se combinent, se succèdent le cycle existant et la préparation à l’entrée dans les établissements d’enseignement supérieur.

La loi, dans son article 51, précise bien que le code de l’éducation est modifié et que le CEPI est remplacé par « l’enseignement préparant à » mais comme le DNOP n’est pas remplacé et qu’un diplôme national est maintenu dans la loi sans que l’on sache où il se situe…

Les demandes de Conservatoires de France n’auront pas été entendues sur ce point.

La question du financement n’est pas mentionnée non plus, hormis le fait que la Région « peut » financer, mais sans contrainte.

Il n’est pas fait mention de financement spécifique de l’État pour cette préparation à l’entrée dans l’enseignement supérieur même s’il est fort probable qu’une part du financement actuel sera fléché pour cette mission.

Enfin, rien n’est dit sur le positionnement attendu des établissements d’enseignement supérieur de la création artistique et du spectacle vivant, notamment quant à l’accès privilégié ou pas à leurs établissements des élèves ayant suivi la préparation agréée.

En effet, aujourd’hui, malgré quelques exceptions, le DEM reste une condition pour se présenter aux concours d’entrée dans les Pôles supérieurs. Qu’en sera-t-il demain?

Petite foire aux questions

Au regard des textes d’application, chaque établissement potentiellement concerné, va devoir répondre à ces questions :

  • Y vais-je ? Après tout, rien n’oblige personne et on ne sait pas du tout ce que cet agrément va apporter de positif, si ce n’est, pour certains CRR, un possible de financement de l’établissement par l’État lié à cet agrément (ce qui sera évidemment un facteur de motivation ! )

Certaines collectivités, si cette question du financement n’est pas posée, vont peut-être légitimement refuser de s’engager à dépenser plus pour un dispositif nouveau qui n’apparaît pas comme apportant une vraie plus-value.

  • Où positionner ce parcours ? avant ou après le DEM/C/T ?
  • Y vais-je seul ou en réseau ? et là, un soutien de l’État, des DRAC et un vrai engagement des Régions pour aider à répondre et orienter les décisions serait plus que bienvenu.
  • Maintenir ou pas le DEM/C/T ? vaste sujet… à suivre!

Et puis beaucoup d’autres interrogations dont celle-ci, au hasard :

Beaucoup de CRR ont mis en place des « licences d’interprètes » accessibles à des élèves encore en cursus de troisième cycle, parfois avant même l’entrée en cycle spécialisé. Comment positionner ce nouveau parcours qui prépare à l’enseignement supérieur et qui, pour certains de nos collègues devrait plutôt concerner des élèves ayant déjà obtenu leur DEM ? Avant l’entrée en licence, pendant, après ?

Le sujet risque d’alimenter les discussions et les interrogations pendant un certain temps… et nous, de nous arracher les cheveux pour présenter cela comme un cadre cohérent, clair et compréhensible à nos élèves et leurs parents…

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