Réforme des Conservatoires : un projet déconcertant…

Évènement

Le 27 mars dernier, Conservatoires de France faisait part dans un communiqué de ses attentes, convictions et réflexions autour de ce qu’il était convenu d’appeler « la réforme des conservatoires ».

Depuis cette date, nous constatons que la situation est loin d’être clarifiée et que nos demandes d’un travail réel de concertation autour des nouveaux textes rendus nécessaires par la loi LCAP de juillet 2016 n’ont pas été entendues.

En juillet 2019, la DGCA a communiqué des propositions de textes, un calendrier et une méthode de travail pour faire aboutir la réécriture des critères de classement des conservatoires et définir la place et les conditions de délivrance du diplôme national.

Ce calendrier prévoyait une concertation à l’automne et une « expérimentation » sur des territoires tests jusqu’au premier trimestre de l’année 2020, afin de permettre une mise en œuvre générale des évolutions au cours de cette même année 2020.

Conservatoires de France a réagi à cette annonce à travers deux actions : un courrier co-signé avec d’autres associations professionnelles afin d’exprimer notre désaccord sur la méthode et le calendrier rendant impossible un travail réel de concertation, et un autre courrier en son nom propre sur le fond des propositions pour en signifier le caractère inabouti et insatisfaisant sur de nombreux points.

Depuis juillet, il n’y a eu en tout et pour tout qu’une matinée de travail, le 23 septembre dernier, sur des textes présentés comme des propositions issues d’une concertation, alors que nous persistons à dire qu’ils ressemblent quasiment mot pour mot à ceux que nous avons eus sur la table en octobre 2018 au démarrage des discussions.

Il a été annoncé lors de cette réunion qu’il n’y en aurait pas d’autres et que le travail se poursuivrait maintenant via la phase d’expérimentation, selon le calendrier prévu.

Notre inquiétude reste donc très importante. Elle est renforcée par l’annonce récente de mesures fortes de déconcentration qui, si elles s’appliquent, verront quasiment l’ensemble des sujets concernant nos établissements n’être plus traités qu’à l’échelon des DRAC.

Nous avions en 2018 alerté la Ministre de la culture sur les dysfonctionnement de cette déconcentration et sur les modes de fonctionnement hétérogènes observés dans les DRAC. La perspective d’une déconcentration, sans moyens ni cadre définis, nous fait craindre un accroissement des inégalités territoriales dans la prise en compte de la place de l’enseignement artistique au sein des politiques publiques.

Nous pouvons donc voir se cumuler dans les mois qui viennent une mise en œuvre de nouveaux textes rédigés dans la précipitation, sans concertation ni étude approfondie de ce que sont les établissements d’enseignement artistique en 2019, et une déconcentration massive des missions de la DGCA vers les DRAC au moment où il faudra commencer à appliquer ces nouvelles dispositions.

Un travail de fond était tout à fait envisageable depuis l’annonce en 2015 du réengagement de l’État dans le suivi et le financement du réseau des établissements d’enseignement artistique : force est de constater qu’il n’aura pas été réalisé et que le signal renvoyé aux collectivités n’aura pas l’effet levier escompté.

Si, au quotidien, nous sommes heureux et enthousiastes de constater la vitalité de nos établissements, la formidable énergie de leurs équipes, l’évolution et l’adaptation aux territoires et aux publics des projets pédagogiques, à l’inverse nous ne pouvons qu’être inquiets et déçus devant une situation à venir de grande confusion déconcentrée.

Conservatoires de France continuera malgré ce contexte à défendre auprès de nos interlocuteurs le sens d’une politique d’enseignement artistique forte, articulée avec son environnement et en phase avec les grands enjeux sociétaux qui nous attendent.

 Pour le CA de Conservatoires de France

Maxime LESCHIERA